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La quasi-absence de pluies et de neige depuis le mois d'octobre dans le Sud-Est a laissé place à une sécheresse d'une ampleur équivalente à celle de 1990. Face à cette situation exceptionnelle, Électricité de France (EDF) s'efforce de piloter au mieux la remontée des lacs de barrages afin de constituer les réserves en eau pour répondre aux besoins de l'agriculture et du tourisme. Deux activités aux intérêts économiques vitaux pour la région, mais qui donnent lieu à un partage de l'eau complexe et délicat. L'eau, l'or bleu de la région. Alors, comment EDF gère-t-elle cette situation ? Entretien avec Bernard Mahiou, directeur d'EDF production Méditerranée.

Linda Be Diaf : Quelles sont les mesures de modération qui ont été prises de manière préventive par #EDF ?

Bernard Mahiou. Les capteurs montagneux d'EDF ont permis de diagnostiquer dès l'automne la situation de sécheresse dans les Alpes du Sud. Les stocks de neige et les précipitations enregistrées entre octobre et avril en amont de Serre-Ponçon et sur le Haut-Verdon sont les plus faibles jamais observés depuis 1949. Avec pour conséquence, des débits d'eau entrant dans les barrages très inférieurs à la moyenne.

C'est pourquoi depuis janvier, EDF a volontairement réduit le fonctionnement des centrales hydroélectriques de la Durance et du Verdon pour stocker le maximum d'eau et anticiper les difficultés d'approvisionnement pour les besoins estivaux des activités touristiques. Globalement, la production d'électricité a été divisée par six (1). Seule l'eau nécessaire aux usages agricoles et industriels ainsi qu'au canal de Provence qui alimente les agglomérations a été turbinée.

L.B.D. Comment conciliez-vous vos propres besoins en électricité et la nécessité de maintenir des niveaux d'eau suffisants pour l'usage touristique des lacs de barrages ?

Bernard Mahiou. Nous avons compensé la baisse de production hydroélectrique par l'électricité provenant des centrales nucléaires (vallée du Rhône) et thermiques (Martigues et Gardanne). Et on peut dire que grâce à cette limitation de la production hydraulique, le niveau de Serre-Ponçon sur la Durance et des lacs du Verdon (Castillon et Sainte-Croix en particulier) est remonté beaucoup plus tôt qu'habituellement. Malgré cette sécheresse exceptionnelle, les réserves en eau stockées dans nos barrages sont ainsi constituées depuis le mois de mai. Les lacs ont retrouvé un niveau normal dès le mois de juin.

L.B.D. : Quels sont les besoins estivaux en eau des infrastructures touristiques ? EDF pourra-t-elle y répondre ?

Bernard Mahiou. Chaque année, EDF fait volontairement tout ce qui est possible pour que les lacs de Serre-Ponçon, de Castillon et de Sainte-Croix atteignent au début du mois de juillet un niveau compatible avec les activités touristiques. Toute la difficulté est d'anticiper et de gérer la remontée du niveau des lacs pour atteindre les " cotes touristiques ".

· l'origine le tourisme n'est pas intégré dans la loi de 1955 dite " de Serre-Ponçon et de la Basse Durance " qui a permis l'aménagement hydroélectrique de la Durance et du Verdon. Mais depuis une vingtaine d'années, le tourisme s'est considérablement développé. Le bassin de Serre-Ponçon représente 40 % de l'activité touristique estivale du département des Hautes-Alpes. Et les lacs du Verdon sont désormais une composante essentielle de l'attrait touristique de cette région. Le tourisme généré par les lacs de barrage est un atout pour l'économie locale. Naturellement, nous le prenons en compte dans l'exploitation des retenues.

L.B.D. : En cette période de sécheresse, comment se fait le partage de l'eau entre l'électricité, l'irrigation et les tourismes ?

Bernard Mahiou. La présence des lacs de Serre-Ponçon et de Sainte-Croix met, depuis plus de quarante ans, l'agriculture de la Provence à l'abri des pénuries d'eau. Mais en période de sécheresse exceptionnelle comme cette année, chacun doit faire des efforts pour économiser l'eau. Pour notre part, nous avons limité notre production hydroélectrique. Les agriculteurs ont également limité leur consommation d'eau. C'est donc une lutte collective et solidaire que nous menons pour préserver la ressource en eau et le tourisme. Aujourd'hui, alors que les agriculteurs ont droit à un débit d'une centaine de mü par seconde, ils n'en consomment que 80. Par ailleurs, ils pourront disposer à partir du 1er juillet de la " réserve agricole " de 200 millions de mü de Serre-Ponçon pour faire face à leurs besoins en eau pendant l'été.

L.B.D. : Et si la réserve d'eau se trouvait épuisée ?

Bernard Mahiou. Dans ce cas, nous engageons des négociations avec les agriculteurs pour regarder combien d'eau il est possible de leur délivrer. Mais cela n'est arrivé que deux fois en quarante ans, en 1989 et 1990.

L.B.D. : Il y a donc des conflits d'usages ?

Bernard Mahiou. En période de sécheresse importante, cela peut arriver. D'un côté, les agriculteurs et les villes prélèvent de l'eau, ce qui conduit à faire baisser le niveau des lacs. De l'autre, le tourisme demande au contraire un niveau d'eau le plus haut possible. Il faut donc arriver à trouver le meilleur équilibre entre ces deux usages contradictoires. Il y a des années où ça se passe très bien, lorsque les pluies sont suffisantes en été, et d'autres où c'est plus délicat comme cette année. La force de la loi, c'est l'irrigation et l'alimentation en eau. Mais les irrigants comme EDF, font le maximum pour que la saison touristique se passe dans les meilleures conditions.

Propos recueillis par Linda Be Diaf

(1) La production d'EDF Méditerranée entre janvier et mars 2002 était de 400 millions de kWh, alors qu'elle était sur la même période en 2001 de 2,6 milliards de kWh.
Tag(s) : #L'Humanité, #Eau, #Environnement, #Ecolo, #PACA, #EDF, #People Art
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