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PERE RENE SOLER. Le missionnaire spiritain, aujourd’hui installé à Marseille, a voué sa vie à venir en aide à ses frères haïtiens dont il est désormais sans nouvelle.

Pour le père René Soler qui vit à Marseille, la tragédie en Haïti est aujourd’hui « très loin et très proche ».

Missionnaire spiritain pendant trente années en Haïti, le père Soler vit depuis plus de quarante ans dans la communauté haïtienne. Sa congrégation, fondée il y a 300 ans, y présente depuis 160 ans. Et le père Sorel n’a toujours pas de nouvelles de la vingtaine de pères missionnaires restés en Haiti. Il y a sa famille aussi.

« J’ai adopté une famille qui me tient à cœur. Depuis 20 ans, je les soutiens et je fais ce que je peux pour les aider. Ils n’ont pas beaucoup de moyens. Tous les Haïtiens sont mes frères », déclare ce missionnaire arrivé en 1967, à l’époque de « Papa Doc »…

« Est-ce qu’ils sont vivants, est-ce qu’ils sont morts ? Je n’ai aucune nouvelle et ça me fait mal. Il y a pas moyen d’appeler car le téléphone ca marche pas. J’ai envoyé un mail mais est-ce qu’ils peuvent le recevoir ? », s’inquiète-t-il l’œil rivé sur le téléphone portable qu’il ne quitte plus. « J’espère que la famille va m’appeler pour me dire qu’elle est vivante. Mais je pense qu’elle va m’appeler … J’espère. On verra… »

Haïti et le père Sorel, c’est l’histoire d’une vie. Une vie vouée à sauver celle des autres.

A Port-au-Prince, le père René Soler a fondé une association « Timoun Restavek », ce qui signifie « enfants domestiques ». L’association fiance une école qui reçoit des enfants « Resavek », les scolarise et leur donne à manger tous les jours. « Je ne sais pas si elle est toujours là », interroge-t-il. Actuellement, « 300.000 enfants des campagnes en Haïti sont envoyés dans des familles d’accueil dans les grandes villes avec l’espoir d’être accueillis et pris en charges, envoyés à l’école. Mais en fait, ils deviennent des petits esclaves dans leur famille d’accueil ». C’est pour sauver ces enfants que ce missionnaire a créé cette association. Sur place, il collabore avec l’ONG haïtienne « Veterimed » dans un projet de développement d’achat de vaches. « Notre association fait parti du collectif Haïti de France (CHF) qui finance l’achat des vaches pour des mamans. Elles peuvent ainsi nourrir leur bébé et faire un petit commerce avec le lait des vaches. Et ça marche ! »

Le principal problème en Haïti, c’est la faim : « 90% de la population à Port-au-Prince a faim ! »

C’est difficile pour les Haïtiens, « alors pour les enfants et pour les bébés, c’est atroce ! Il y a beaucoup de malnutrition. »

« Ils vont carrément crever de faim »

Alors maintenant après le tremblement de terre de mardi, « non seulement ils ont faim mais il y a deux millions de personnes dans la rue. Ca devient très grave, il faut qu’ils mangent ! Mais comment ? Les magasins sont fermés, les maisons sont écrasées, il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, pas de téléphone. Ils vont carrément crever de faim et il va y avoir des épidémies qui vont se déclarer. Les hôpitaux sont écrasés et je ne sais pas s’il y a un en bon état à Port-au-Prince. Ca va être très difficile », s’inquiète le père Sorel qui ne voit pas d’autre alternative que l’aide de la communauté internationale. « Comment vont-ils subsister si la communauté internationale ne mets pas le paquet ? »

Pour lui, « les Américains vont venir avec leur gros stocks de nourriture » mais il attend beaucoup des Européens. « J’espère que nous les Français, nous allons donner à manger et pas seulement faire la sécurité, que nous allons les aider à tenir le coup psychologiquement, soigner les malades et les blessés. Car ça, c’est le travail de la communauté internationale. J’espère aussi que les églises vont se mobiliser.

Le peuple haïtien a toujours dépendu de l’aide de la communauté internationale et aujourd’hui plus que jamais. Ses principales ressources sont le 1,8 milliard de dollars américains envoyé chaque année par la diaspora, l’aide internationale des ONG, la charité des églises, la production agricole des paysans haïtiens qui ne couvre même pas les besoins de la moitié des 8 millions d’habitants du pays, et le petit commerce informel. « C’est de ça qu’ils vivent ! C’est-à-dire qu’ils vivent très très pauvrement ».

Si un Haïtien arrive à manger 4 fois par semaine un « vrai » repas, c’est énorme. « Heureux, celui qui deux dollars par jour ! Et il y en n’a pas beaucoup », constatent amèrement le père René Sorel qui vit le séisme à huit mille kilomètres de distance. Dans l’angoisse mais aussi l’espoir. L’espoir d’entendre ses proches, l’espoir que « quand même que la communauté internationale va réagir ».

Linda BE DIAF

LEGENDE PHOTO

Missionnaire spiritain, le père René Sorel est arrivé en Haïti en 1967 en Haïti. Il a passé sa vie dans la diaspora haïtienne, entre autres, aux Bahamas, en Floride, à New York, à Montréal, à Paris et aujourd’hui à Marseille.

PHOTO / STEPHANE CLAD

Tag(s) : #Haïti, #Père René Soler, #Solidarité, #Marseille
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