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Jean-François Chougnet, directeur général de Marseille-Provence 2013 / Photos : Stéphane Clad - tous droits réservés
Jean-François Chougnet, directeur général de Marseille-Provence 2013 / Photos : Stéphane Clad - tous droits réservés
Jean-François Chougnet, directeur général de Marseille-Provence 2013 / Photos : Stéphane Clad - tous droits réservés

Jean-François Chougnet, directeur général de Marseille-Provence 2013 / Photos : Stéphane Clad - tous droits réservés

A la veille de clôturer Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture, Jean-François Chougnet, son directeur général, revient sur cette formidable aventure culturelle. Il fait la lumière sur toutes les potentialités d'un territoire atypique.

Entretien réalisé le 18 novembre 2013 à Marseille.

Linda Be Diaf : Quels sont les événements à ne pas manquer en cette fin d’année 2013 ?

Jean-François Chougnet : Ce sont les derniers jours pour ne pas rater les dernières expositions temporaires du MuCEM qui vont finir le 6 janvier 2014.

« Le Noir et le Bleu » et « le Bazar du genre » ainsi que l’expo du photographe Patrick Zachmann.

Ce sont aussi les derniers jours de l’exposition du Corbusier, au J1 à Marseille, qui ferme le 22 décembre. L’exposition César est en place.

Dans les territoires, il y a Buren à Istres, Varini à Salon-de-Provence, et l’exposition de l’artiste Othoniel à partir du 5 décembre au Musée Granet d’Aix-en-Provence.

Dans le registre des rassemblements, on aura deux épisodes « Révélations » le 31 décembre, dans la continuité de ce qu’on a fait avec le groupe F.

L.B.D. : En quoi consiste ce rassemblement populaire ?

Jean-François Chougnet : Ce ne seront pas les mêmes spectacles à Istres et Marseille. C’est un spectacle pyrotechnique comme ceux qui se sont déroulés au Château d’If et à Arles: à la fois vidéo, multimédia avec des flammes et des feux d’artifices. Il y a une narration, des personnages vivants, ce qui est très important et qui sont des révélateurs du passage d’un lieu à un autre. Il y a un système de projections vidéos que je ne dévoile pas car ça fait partie de la surprise.

Nous avons choisi Istres et Marseille parce que ça ne c’était pas encore fait comme on a pu faire à Port-Saint-Louis où on a choisi de projeter des feux d’artifices. A Arles, le 13 janvier on avait projeté des choses assez ésotériques. Mais aussi à Cassis, Martigues, à Aix-en-Provence, au Château d’If… la boucle est bouclée en quelque sorte.

L.B.D. : Pour la finale, il n’y a pas de pont culturel avec la ville de Kosice ?

Jean-François Chougnet : Non, ce que nous demande l’Union européenne est plutôt de passer le relais aux Lettons et aux Suédois. On va les inviter à venir passer le relais. Ils commencent le 17 janvier 2014 pour Riga en Lettonie et le 31 janvier pour Mea, une ville du nord de la Suède.

L.B.D. : Que faut-il retenir de cette année Capitale européenne de la culture 2013 ?

Jean-François Chougnet : Chacun a son hit-parade. Un des points de départ était de d'avoir construit un territoire que je ne qualifierai pas de métropolitain mais d'un territoire constitué spécialement pour l'année européenne de la culture et expérimenté différents événements qui ont pu avoir eu lieu sous forme de feuilletons d'un endroit à l'autre avec une programmation coordonnées entre les villes.

C'est pour moi, un événement qui doit être évaluer scientifiquement. Pour l’instant, j’ai quelques impressions mais c’est quelque chose qu’il faudra analyser parmi les grandes questions qui se posent sur l’avenir. Avoir une politique culturelle commune sans nier les politiques cultuelles de chaque ville a été quelque chose très important de 2013.

L.B.D. : Quels sont les événements de MP 2013 qui ont changé Marseille ?

Jean-François Chougnet : Il y a la transformation radicale du Vieux-Port. Après, on aime ou on n’aime pas mais c’est quelque chose qui fait débat, et c’est tant mieux! Après, en matière de culture, l’unanimisme n’est pas la norme, encore heureux. Le pire serait que tout le monde s’en foute et qu’on n’en parle même pas.

A Marseille, il y a des actes fondateurs et des jalons ont été posés. Maintenant la Ville et la Région doivent les transformer. Je pense à l’avenir de la Friche qui est reconstruite, au rôle du Frac demain, cela génère de vraies questions de politiques culturelles qui engagent tout le monde, Ville-Etat-Région, et tous les gens qui ont poussé à ça. Chaque lieu vivra sa vie, c’est certain. Même pour le MuCem, on est en de se demander quel va être le second souffle du lieu ?

En tout cas, dans le secteur de la transformation des équipements culturels de Marseille, il y aura eu un avant et un après 2013. Mais quel sera le futur, je ne peux pas vous répondre. C’est une des grandes questions. Et ce n’est pas qu’une question budgétaire, c’est aussi une question de positionnement humain et de définition des projets.

L.B.D. : A qui revient-il de s’emparer de la transformation de ces projets culturels?

Jean-François Chougnet : C’est une responsabilité collective où le chef de fil de chacune des institutions a son rôle à jouer. L’Etat pour le MuCem, la Région pour la Villa Méditerranée et le Frac, l’Etat et la Ville pour la Friche…

En revanche sur les musées municipaux, quels vont être les équipements et les programmes prioritaires auxquels la nouvelle mandature va s’attacher ? Ce sont des questions qui vont se poser.
Dans de la dernière mandature, ils avaient été mis sur Longchamp, Borely, le Musée d’histoire de Marseille. Aujourd’hui, il y a encore des grandes questions sur la Vieille Charité et sur le Mac. Il y a du temps pour tout. Il y a déjà une part de faite mais je crois qu’il ne faut pas penser qu’une fois que c’est restauré tout va bien. Derrière, il faut faire vivre les musées, les ré-alimenter.

Il faudra définir des projets scientifiques et culturels, des projets d’acquisitions. Pour la Friche, la question de définition du projet va se poser, elle est en cours d’examen. Marseille-Provence 2013 était un kaleïdoscope et l’avenir sera aussi kaleïdoscopique.

L.B.D. : Y-a-t-il une prise de conscience des institutions locales sur la place de la culture dans les contenus proposés au public ?

Jean-François Chougnet : Ma conviction est qu’il y a un "avant" et un "après" dans la réponse du public marseillais à l’offre culturelle, ce dont je n’avais jamais douté. Mais d’autres personnes se posaient la question : « Est-ce que les gens iront aux grandes expos ? »

Encore récemment, je lisais un article dans Le Monde qui disait qu’il y avait un grand scepticisme sur le MuCEM, qui n’était pas sur l’architecture mais sur le fait qu’on allait construire un équipement dans lequel il n'y aurait personne. Je pense que celui qui a dit ça aujourd’hui, prouve qu’il n’est pas beaucoup sorti de chez lui depuis un an. On ne peut pas dire qu’il n’y pas d’offre culturelle.

Je parle de Marseille particulièrement parce qu’on en doutait moins ailleurs. Aucun territoire n’a été à la traîne, ce qui prouve qu’il y a une soif de culture prodigieusement intéressante et émouvante.

MP 2013 a revivifié quelque chose qui était sous la braise comme on l’avait vu en 1999 et en 2000 avec ce qu’a fait Bernard Souroque autour du Vieux-Port avec l’Odyssée de la Canebière, la Marceleste et la Massalia.

L.B.D. : Le public était au rendez-vous comme vous l’espériez ?

Jean-François Chougnet : Le public a été présent, partout, sur les tous les grands rendez-vous populaires, sur toutes les expos. Et ceux qui ne l’ont pas vu, ils ont vraiment des problèmes de vision. Ce public-là n’est pas sorti du pavé par la génération spontanée. II y a un excellent public à Marseille. Un public qui a son esprit critique et à qui, il ne faut pas servir n’importe quoi. C’est un bon public qui a envie de participer, c’est un atout énorme qu’il faut faire fructifier. Mais si demain vous arrêtez l’offre culturelle, il n’y aura pas non plus une manif de bonnets rouges dans les rues. Hélas, hélas !

L’autre point qu’il faudra développer est d’avoir remis Marseille et la Provence sur la carte culturelle où il est intéressant d’aller. C’est important car les villes européennes sont en compétition particulièrement en terme d’image et de culture.

L.B.D. : Marseille vient de remporter le prix prestigieux des "Urbanism Awards 2014" décerné par l'Académie d'Architecture de Londres. Est-ce ce que MP 2013 y a contribué ?

Jean-François Chougnet : C’est évident. C’est un projet coopératif qui vient des grands précurseurs qui sont les directions successives d’Euroméditerranée, les architectes du début des années 1990.

On a tendance à toujours parler des architectures qui ont construit les bâtiments mais on ne parle pas toujours des gens qui ont pensé le projet de rénovation urbaine en donnant un rôle à la culture dès le début, avec Jean-Michel Guenot et Yves Lion. Ces gens-là, dont on parle moins aujourd’hui, parce qu’on parle plus de Rudy Ricciotti. Mais ça, c’est le vieux débat urbaniste / architecte. (Rires)

Ce palmarès arrive presque 20 ans après les prémices de ce projet complexe d’Euroméditerranée. On a aidé à ce que le projet avance vite notamment pour le MuCEM mais le projet avait été fantasmé dans le milieu des années 1990 par Michel Colardelle. Marseille-Provence 2013 est un des maillons de la chaîne.


L.B.D. : Alors, Marseille est devenue « tendance » ?

Jean-François Chougnet : Elle est tendance, elle est même re-tendance car elle l'avait été à la fin des années 198à avec I AM. La tendance est très éphémère, ce sont des cycles.

Les étrangers ont une très belle image de l’univers provençal et le fait d’avoir réuni Marseille avec la Provence et la Camargue, ça fonctionne très bien.

Les visiteurs sont avides de ce type de contrastes humains et « paysagistiques ».

Aujourd’hui, les projecteurs sont axès sur Marseille qui est une ville atypique. Mais une fois que les fondamentaux sont jetés, si on ne fait pas fructifier ces premières avancées, on se retrouve au même point.

Entretien réalisé par Linda #BeDiaf

Tag(s) : #People Art, #Culture - 2013, #LM Tendances
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