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Crédit Photo : Stéphane Clad / Avec la tour CMA-CGM, Euroméditerranée se profile à l'horizon. A Saint-Mauront, l'Anru prévoit de désenclaver la butte de la plaine avec un réaménagement des voiries, l'éradication de l'habitat indigne, et l'urbanisation des friches.

Crédit Photo : Stéphane Clad / Avec la tour CMA-CGM, Euroméditerranée se profile à l'horizon. A Saint-Mauront, l'Anru prévoit de désenclaver la butte de la plaine avec un réaménagement des voiries, l'éradication de l'habitat indigne, et l'urbanisation des friches.

Saint-Mauront. Enclavé, ce quartier cumule pauvreté, insalubrité, chômage. Un territoire qui devrait changer de visage grâce aux projets structurants de l’Anru et des « Docks libres ».

« Avant, les gens voyaient la tour CMA-CGM très loin. Maintenant, elle paraît très proche», montre un habitant du parc Bellevue. Euroméditerranée se rapproche et, avec la tour, la transformation urbaine de la ville. Elle va passer par Saint-Mauront. Une nécessité reconnue par tous mais qui effraie les gens du quartier. Les habitants de la cité s’inquiètent : « On est encore là jusqu’à quand ? Ce n’est pas possible qu’ils construisent tout ça pour nous. »
Saint-Mauront, un quartier de Marseille au nord du centre-ville, au sud des quartiers Nord.
Un territoire verrouillé : le boulevard de Plombières d’un côté, la voie ferrée de l’autre, et l’autoroute A7 qui tranche au milieu. Une balafre indélébile. Les faubourgs dégradés témoignent encore du déclin portuaire. La promesse du large est devenue enfermement. Ruelles en cul-de-sac, traverses et boulevards, tout isole les habitants de la butte des habitants de la plaine car à Saint-Mauront, il y a ceux d’en haut et ceux d’en bas et on ne se mélange pas. Ces problèmes de voies creusent un fossé culturel et social. Les anciens et les primo-arrivants, les retraités et les sans-emploi. Il y a les jeunes surtout, près de 3 000. Désœuvrés, les structures sociales et sportives les encadrent du mieux qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont, c’est-à-dire pas grand chose : un centre social délabré, une crèche, une école publique, un terrain de foot. Quant à la piscine, elle vient de fermer. « Ça, ça a été un drame pour les enfants de l’école et les jeunes du centre aéré », s’émeut Vera Tur, directrice de l’école du parc Bellevue. La disparition de la piscine Charpentier a mis tout le monde en émoi. Comme si ça ne suffisait pas : « On est sans équipements. On manque de lieux, de structures, et surtout de personnels », énumère le père Vincent, directeur de l’œuvre Jeunesse Paul-Hava. Et Sofiane Majeri, président bénévole du centre social Saint-Mauront – Bellevue, d’ajouter : « Il n’y a rien pour le bien-être de la population. »
Un quartier enclavé où personne ne vient, ni ne s’arrête. Ou presque… « Le Toursky est une bulle et on a tous les bobos du 8e qui ne font que passer », ironise Claude Tabet, présidente du CIQ Saint-Mauront. On traverse le quartier, et même très vite.
« On a l’impression que c’est un no man’s land mais ce n’est pas le cas », rassure Vera Tur qui travaille depuis 26 ans dans ce quartier mis au ban par les politiques et aujourd’hui convoité par les promoteurs.


« Brassage social »


Saint-Mauront concentre les populations les plus pauvres de Marseille, le plus fort taux de chômage, le plus important taux d’échec scolaire, les logements les plus insalubres, les équipements les plus désuets. « Les gens se sentent relégués et oubliés des institutions », témoigne Véra qui ne perd pas espoir.
Aujourd’hui, la Ville de Marseille a des projets ambitieux, notamment grâce au financement de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) : éradiquer les poches d’habitat indigne, urbaniser les hangars et entrepôts en friche, réaliser de nouvelles voies, mixer les populations et les fonctions notamment à travers le projet « Docks libres». Les équipements ne sont pas oubliés non plus : un centre social de 1 000 m2 doit sortir de terre en 2011.
D’ici 2013, le renouvellement urbain doit transformer Saint-Mauront en « quartier durable en plein centre-ville » et « quartier d’affaires, exemple de mixité sociale ». 900 logements vont être construits avec l’enjeu de maintenir les populations en place tout en favorisant les populations nouvelles.
Pour Vera Tur, « les nouvelles constructions vont faire venir des gens et arrêter de ghettoïser ce quartier. Il va y avoir un brassage social et on espère qu’on va se mélanger.» Un avis partagé par Marie Baglieri, habitante à Clovis-Hugues, qui attend « un projet qui prend en compte les habitants ».
Pour Sofiane Majeri, se pose alors la question de la cohabitation « non pas de l’habitant d’aujourd’hui avec celui de demain mais plutôt de celui de demain avec l’habitant d’aujourd’hui : il n’y a aucun équipement pour accueillir cette nouvelle population ».


« Loques à terre »


Et c’est bien ce qui fait peur aux habitants, d’en haut comme d’en bas. Y aura-t-il encore de la place pour eux ? Les propriétaires de la butte craignent pour leur bien. Geneviève Tourelle est désespérée. La Ville va préempter son appartement qui sera rasé pour laisser place à un immeuble collectif. « Je veux partir à la campagne mais mon problème c’est la valeur de mon appartement ! », s’insurge-t-elle. On lui aurait proposé 10 000 euros de contrepartie. Dérisoire.

A Huguette Ferragud, un promoteur aurait proposé un appartement gratuit dans l’immeuble à venir contre sa maison. Une pratique courante. « Ils achètent chaque maison et y construisent un immeuble. On grignote et on étend le béton », s’attriste Geneviève pour qui le seul point positif de la requalification est la création d’un parc.

Si la mixité sociale semble être un argument pour densifier la population du quartier, elle est pour Marie Baglieri, présidente de la Confédération syndicale des familles (CSF), le moyen pour l’Etat de se désengager de la construction publique. « En permettant aux promoteurs privés de construire des immeubles locatifs avec 20% de logement social, le bailleur social devient un copropriétaire comme les autres. Les locataires deviennent des "loques à terre", des clients dont on tire un bénéfice et qui n’auront plus aucun pouvoir. »
Sur le plateau, les copropriétaires ont peur d’être rachetés par les bailleurs sociaux pour une bouchée de pain comme au bâtiment A de la cité Bellevue. Sofiane Majeri résume :
« Ils ont très bien compris qu’on ne construit pas pour eux, que les gens qui habitent aujourd’hui ne seront pas les mêmes dans dix ans. »

Linda BeDiaf

Tag(s) : #Marseille Actu, #Urbanisme, #Actu, #Social
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